Le territoire, ses habitants, ses enjeux

Le café Puruz est produit par une quinzaine de petits producteurs Yaneshas, Ashaninkas et Quechuas de la communauté native d’Alto Puruz, le village Quechua de San Miguel et d’autres villages de la vallée du Bocaz. Situé dans le département de Villa Rica, aux confins de l’amazonie et des andes péruviennes, leurs territoires s’étend sur plusieurs milliers d’hectares, dans un environnement de jungle haute.

En mars 2015, les producteurs de café se sont réunis au sein d’une association, la « CYAAAP » (Café Yanesha Ashaninka Andino de Alto Puruz : nom faisait référence à l’histoire de leur territoire) afin de trouver des moyens de développer leur activité économique, et par là même d’accéder à la reconnaissance de leurs droits.

Deux villages au sortir d’une histoire difficile…

Dans les années 50, le Pérou « donne » des concessions à des immigrés, notamment allemands et est-européens, sans considération pour les natifs de ces territoires. L’une d’entre elle était sur le territoire de Puruz et certains Yaneshas ont été mis au service de ces colons, tandis que d’autres se sont enfuis plus en altitude. Les colons ont fait venir des Quechuas, originaire de la montagne andine, comme main d’oeuvre supplémentaire.

Les années 70 et 80 furent marquées par le terrorisme et notamment le sentier lumineux, qui avec ses revendications communistes, chasse ces colons étrangers. Cependant, il fait également 70 000 victimes civiles, parmi lesquels de nombreux membres des peuples premiers dont les Yaneshas et Ashaninkas – certains parlent du « génocide ashaninka ».

Jusqu’en 2013, l’un des descendants des colons européens, Pedro Huanuco, revendique la propriété de Puruz bien que n’ayant aucune assise légale, et maintient ses habitants dans la servitude.

… qui ont repris leur destin en main

En 2009, la communauté de Puruz fait appel à la solidarité d’autres communautés natives. La communauté ashaninka de San Miguel répond à l’appel, et plusieurs jeunes se mobilisent auprès des Yaneshas.

En 2013, Henry Samaniego chasse définitivement Pedro Huanuco de Puruz. Bien que les 3 cultures soient très différentes, les producteurs choisissent de construire un avenir ensemble, et s’entendent sur une répartition des terres. Deux structures se forment : la communauté Yanesha et Ashaninka de Puruz, et le village Quechua de San Miguel.

Depuis, les dirigeants des communautés et villages de la vallée du Bocaz font présence auprès des pouvoirs publics, pour reconquérir lentement leurs droits :

Avoir une école, l’eau courante, une route, une existence administrative…

Les dirigeants d’Alto Puruz se sont rendu compte que mener ces revendications prend énormément de temps, et nécessite des moyens. Par ailleurs, d’autres besoins se font ressentir, comme celui d’offrir une éducation à leurs enfants. Ces motivations les poussent à chercher des moyens de développer leur économie, principalement au travers du café ou d’autres denrées agricoles.

Préserver la biodiversité de leur territoire et faire vivre leur culture

Les 6000 hectares du territoire d’Alto Puruz abritent 70 habitants, mais également des tigres, des ours, et une diversité impressionnante d’orchidées, etc. Le mode de vie des Ashaninkas et des Yaneshas n’est pas « extractif », ils se servent des ressources de la forêt pour vivre (bois, nourriture, plantes médicinales), sans les épuiser. Puruz comprend également 3 sources d’eau qui se déversent dans des rivières de l’Amazonie basse, et est soucieux d’en préserver la qualité.

Bien que le territoire ait été classé « réserve de biosphère Yanesha Ashaninka », certains groupes d’intérêt continuent à faire pression sur les autorités locales ou à user de corruption pour y acheter des concessions pour y installer de l’agriculture intensive et exploiter le bois ou le sol. Puruz et San Miguel veillent à s’en tenir informés et à dénoncer ces pratiques mais se sentent parfois seuls dans leur combat, pour un si grand territoire à défendre.

Plus qu’une terre, c’est un mode de vie et une culture que ces producteurs cherchent à défendre. Voilà pourquoi leur culture du café est réalisée en association avec des arbres et d’autres plantes, et en agriculture biologique.